Le vieux marin

, par Collioure

Il est perdu le vieux marin
Dans son caban usé jusqu’à la corde
Avec sa casquette défraîchie.

Depuis qu’il a posé son sac
Qu’il a dit adieu à la mer
Il n’est plus rien... Moins qu’une ombre.

Il a bien quatre sous pour payer la cantine
Sa casquette, sa pipe d’écume
Des souvenirs pas trop moches
De Bordeaux à Valparaiso
Mais personne avec qui les partager.
Personne !

Alors il erre sur les quais à toute heure
Comme une âme en peine,
Accueilli nulle part.
Et d’abord, d’où vient-il celui-là ?
Passez votre chemin ! Allez au diable :
Il supplie le ciel. Silence !

Alors donnez-moi un billet pour l’Enfer !
La vie serait peut-être plus douce là-bas.
Le diable accepterait ma compagnie
On jouerait tout le temps au poker
Menteur naturellement.
Dans les gros rires
Après tout, pourquoi pas ?

Mais soudain il serre une médaille
Qui traînait au fond de sa poche
Un copain me l’avait ramenée de Lourdes
La Vierge
Elle, est toujours là.
Il la serre instinctivement.
Madame, ne m’oubliez pas
Je veux juste la lumière
D’une petite maison
La plus modeste du village
Où l’on me dirait « Entrez je vous prie
Vous prendrez bien un café
Vous paraissez fatigué. »
— « Non, entrez ! J’ai un moment de libre.
Je pose là mon balai et mon seau
Et le chien nous gardera »,
Pourrait-elle dire.

Alors je me suis redressé
J’ai poursuivi ma marche.
Et miracle ! J’ai TROUVÉ :
Une maison de lumière
C’était pas terrible
Ça sentait le ragoût
Mais je fus ACCUEILLI.

J’ai posé mes affaires
J’avais un peu d’argent
Je le lui ai offert en signe de paix.
Elle s’appelait Marie
Elle m’a embrassé
Pas dégoûtée du tout
Et elle m’a gardé.

Je garde ses chèvres
Je respecte son lit.
Elle ne me pose pas de questions.
J’ai mon coin, pas très grand
Que je tiens bien propre
Pour ne pas avoir honte.
J’y ai mis un hamac.
Je pleure mes parents
Là-bas à Douarnenez
Mais je revis.
Bonjour la vie !

Collioure
Toulon la Goélette,
Le 26 février 2024.