Yaguine et Fodé

, par Collioure

Messieurs les Autorités d’Europe
 
Veuillez nous excuser
de vous importuner
peut-être
avec ce petit message
 
Nous sommes deux enfants noirs
venus du plus profond de l’Afrique
 
Et nous avons à vous parler
nous nous permettons de vous parler
pardonnez-nous
de prendre cette liberté
 
Nous voulions vous dire
des choses importantes
mais voilà !
nous sommes maladroits pour écrire
Nous savons seulement
signer notre message
avec notre vie.
 
Messieurs les Autorité d’Europe
 
Écoutez-nous
deux minutes
donnez-nous
deux minutes
 
Nous parlons au nom de beaucoup d’autres
qui souffrent tout autant que nous
le chômage la misère la galère
 
Jusqu’ici
malgré tous nos efforts
personne n’a voulu nous entendre
Les autorités sont toujours très occupées
même leurs secrétaires ne sont guère accessibles
 
et nous ne sommes que des presque gamins
et noirs de surcroît
pas grand’chose nous comprenons bien
 
Alors nous avons choisi le RISQUE
Nous avons jeté nos pauvres vies dans la balance
(c’est d’ailleurs tout ce que nous avions à y mettre)
 
Et c’est parti pour le ciel
avec nos tee-shirts et nos sandales
nous sommes gelé vivants
La mort nous a pris dans ses mâchoires
ça n’a pas fait un pli
 
Messieurs les Autorité d’Europe
 
nous aurions voulu vous le dire
de VIVE voix
vous expliquer en détail
oralement
nos misères nos galères notre angoisse
l’espoir que nous plaçons en vous
mais voilà l’occasion est perdue
c’est raté
ou presque
il ne reste que cette lettre
 
alors
s’il vous plaît
lisez-là jusqu’au bout
 
malgré les fautes dont elle est jonchée
il reste le SENS de cette lettre
comprenez-le entendez notre appel
et faites quelque chose
 
les autres comptent sur nous
là-bas
pour faire passer le message
alors réfléchissez à notre geste
plus longtemps que cinq minutes
ils sont des millions et des millions
à attendre votre geste
et mieux : votre ACTE,
ne les décevez pas
et faites
que nous ne soyons pas morts pour rien
que notre immense souffrance
ne soit pas un coup pour rien
donnez vite un signal
clair clair comme la lumière
que nous ne verrons plus
d’avance merci.