Vengeance

, par Collioure

Le réveil fut brutal.

C’était à Reims, dans l’église Saint-Nicaise. Les bourgeois attroupés sur le parvis, aux prises avec d’insurmontables chimères, ne me reconnurent point. Les déchirures de mon justaucorps découvraient mon épaule marquée au fer rouge. Maudit, je poussai néanmoins le vantail et attendis l’aumône d’un indulgent Messie.

Étrange aumône.

Les enfants de chœur tourbillonnaient dans leurs robes blanches et leurs figures malicieuses se mêlèrent en moi aux soupirs exhalés par l’orgue monumental. Le long des murs, une mantille noire, légère, frôlait audacieusement les vieilles femmes, ivres d’encens : promu cardinal par décret démoniaque, je fis ma proie de cette cathédrale engloutie. L’ombre des morts passait et repassait sur nous. Leurs corps frissonnaient dans le grotesque appareil des suaires, mais j’étais à mille lieues de toute pitié et tandis que je bénissais à tours de bras les fidèles agenouillés, pris eu jeu, mes lèvres fiévreuses ne murmuraient que des malédictions. Un prêtre s’abîmait dans l’arôme d’un missel, tel d’un ciboire. Ses grandes manches noires flottantes, le sacristain octogénaire, assis au milieu de la grande allée, jonchée de roses rouges, tirait la corde d’une cloche dont il entendait seul le chant.

Je m’assis sur un banc ; hébété. Des gravats tombèrent de la voûte sur mon chapeau à glands. Un corbeau qui picorait les moulures de la chaire me tint une harangue. il fit si bien que je m’endormis et me retrouvai ailleurs.