Les parois rouges

, par Collioure

Au fond d’un puits
aux parois rouges
dormait
un mage
à la robe de granit
il dort il court le furet
au fur et à mesure
que le chasseur grimpe les marches
du château sous les lianes
du château d’Éliane
la brune
 
Le mage tenait dans ses bras
une colombine endormie
catastrophe
 
rêvait-il
J’ai tué ce que j’aime
Éliane la brune
Éliane aux lianes
Éliane ô Éliane
J’ai dû serrer un peu trop fort
Mes doigts autour de sa gorge
 
Ô mon havre d’amour
Ô mon château vide
je suis leste pourtant
je jongle avec les fleurs
du camélia
mais voilà
j’ai tué ce que j’aime
ma vie n’est plus que larmes
 
Soudain il se réveilla
Colombine était morte
mais
un rossignol chantait sur la margelle
là-haut
où l’on vit
et l’on vit
le mage blême
plonger au fond du ciel
 
Il court il court le furet
le rossignol ému
improvisa une vieille chanson française
que je répète quelquefois
quand une pierre de la margelle
tombe au fond du puits
et que l’on croit voir
parmi les ondes de l’onde
sourire le mage aux cheveux blancs
à la robe de granit
qui disparut voici cent ans
et que les grand-mères
appellent (entre elles)
en soupirant
le mage à la barbe fleurie
 
Ne croyez pas
que je l’invente
c’est écrit
(c’était écrit)
sur un vieux grimoire
 
mais
après une nuit de débauche
le notaire du village
laissa choir le grimoire
au fond du puits
où gît
le mage
 
Et depuis
l’on raconte
que le mage tourne les feuilles
où fut écrite son histoire
par un écrivain malchanceux
qui aurait dû
si les légendes étaient intelligentes
laisser pendre à la margelle
un cheveu d’Éliane
car les poètes des villages
auraient dansé la sarabande
autour du château d’Éliane
 
La tour est couverte de lierre
l’écrivain mort
 
mais on entend parfois
un couples de grand-mères
laisser tomber une prière
au fond du ciel
aux parois rouges.