Invocation

, par Collioure

Ô Dieu,
 
Permettez-moi de frapper à votre porte :
Je sais,
C’est très audacieux de ma part
Car je suis presque rien
 
Mais faites un effort :
Écoutez-moi deux minutes.
 
Nous vous admirons toujours davantage :
Il n’y a pas à dire
Votre génie nous stupéfie
Son ampleur nous angoisse.
 
Vous avez fait jaillir le big-bang
Et, d’une chiquenaude,
Projeté dans l’infini
La spirale vertigineuse des galaxies.
Vous avez entortillé avec grâce
les anneaux de l’A.D.N.
Et donné à la Terre son capuchon bleu.
 
Oui, chaque jour nous vous admirons davantage
Et pourtant il faut bien que je vous le dise
Il y a comme un malaise par ici.
 
C’est sûr il y a de notre faute
Notre A.D.N. est souvent chargé de haine.
 
Pire encore :
Nous gaspillons sans vergogne
Ce que vous aviez judicieusement placé
Dans la soute de notre navire cosmique ;
 
L’affaire prend un mauvais tour...
Celui que nous nous sommes joué à nous-mêmes
Dîtes-vous entre les dents...
 
Oui, d’accord, d’accord, c’est notre faute
Mais vous devez quand même nous aider
Vous le pouvez sans doute
Vous qui avez tant de tours
Dans votre sac...
 
Pour l’instant notre avenir est plutôt
Dans un brouillard laiteux
Et nos rires vulgaires cachent mal nos larmes
Notre angoisse.
 
Ô Dieu
Vous avez une connaissance fine, intime,
De nos faiblesses, de notre bêtise
De notre aveuglement criminel
Mais n’oubliez pas
Que nous sommes votre chef-d’œuvre
 
Peut-être unique.
 
Nous, les frères de Mozart et de Jésus,
De Van Gogh et de Socrate,
Frères de douleur ;
 
N’oubliez pas
Que nous sommes porteurs de merveilles
Qui donnent un sens
À votre propre existence.
 
Donnez-nous une petite chance.
D’avance merci.