Dimitri le petit faon

, par Collioure

Dimitri était un petit faon.

Maintenant il est grand ; il est devenu un magnifique cerf. Il m’a raconté cette histoire lorsque je l’ai rencontré.


Dimitri, sa maman et son papa se promenaient un jour dans une montagne couverte de prairies. Ils mangeaient tranquillement de la bonne herbe, bien verte.

Soudain un flocon de neige se mit à tomber, puis deux, puis trois, puis dix, puis cent, puis mille, puis des millions et des millions.

Tout devint blanc. On ne voyait plus que du blanc. La neige étouffait les appels du papa de Dimitri.

Quand on fut entre chien et loup, Dimitri et sa maman se réfugièrent sous un rocher.

La nuit venue, ils s’endormirent, Dimitri blotti entre les pattes de sa maman.

Le lendemain matin, quand Dimitri se réveilla, il faisait grand jour. Le soleil brillait gaiement. Dimitri se sentait en pleine forme ; toutefois... il avait un grand creux à l’estomac. Il avança la tête pour regarder à l’extérieur de son abri. Il vit que le sol était entièrement recouvert de neige : il n’y avait guère de chance d’attraper le moindre brin d’herbe !

La maman de Dimitri n’allait pas le laisser mourir de faim ! Elle lui murmura à l’oreille : « Je vais partir te chercher de la bonne herbe pour ton déjeuner, mais cela risque de me prendre un peu de temps. Je ne peux pas t’emmener, ce serait trop fatigant pour toi. Alors attends-moi, et surtout reste sous le rocher, ne bouge pas de là !... Tu me le promets ? »

Dimitri le promit. Sa maman partit.


Au début, il resta très sage. Il essaya de retrouver le sommeil, sans succès : il avait besoin d’autre chose. Au bout d’un moment, il en eut vraiment assez. Il fallait absolument qu’il bouge !

Il avança une patte, puis une autre, se retrouva dehors.

Il respira avec délices l’air frais, sentit sur lui la caresse douce d’un rayon de soleil.

Il bâilla, s’étira, puis il avança encore de quelques mètres.

Soudain il aperçut la merveille. Une fleur, blanche et rouge, qui sortait fièrement de la neige ! Il s’écria comme malgré lui : « Il faut absolument que je la cueille pour l’offrir à ma maman. Je peux bien faire ça pour elle, elle qui est si gentille, qui m’aime tant ! »

Tout en se parlant à lui-même, il avançait vers la fleur.

Il avançait...

Il avançait...

Hélas !

Il n’avait pas vu que la fleur était au bord d’un précipice. Il tendit la tête en avant pour couper la tige de la fleur... et il tomba en criant dans le vide.

Il cria, il pleura...

Il appela sa maman de toutes ses forces.


Au loin, sa maman et son papa l’entendirent. Ils dressèrent l’oreille.

Par malheur quelqu’un d’autre avait entendu Dimitri : c’était LE LOUP !

« Oh ! Oh ! » se pourlécha-t-il les babines, « je crois qu’il y a par là un petit faon qui ferait bien mon affaire pour mon petit déjeuner ! Allons voir cela de plus près ! »

Il se hâta dans la direction d’où venaient les cris de détresse.

Heureusement le papa et la maman s’étaient rejoints ; ils avaient compris que les pleurs et les appels avaient sans doute été entendus par le loup.

Ils se mirent à courir vers leur enfant.


Ils étaient en haut de la montagne, Dimitri à mi-hauteur de la pente.

Le loup, tout en bas, commençait à grimper péniblement, tirant une longue langue rouge.

Le papa et la maman de Dimitri se placèrent juste au-dessus du loup.

Ils tournèrent leurs museaux vers le sommet de la montagne. Avec leurs pattes arrière, ils poussèrent la neige avec force de façon à faire une boule de neige.

Ils descendaient la pente au fur et à mesure que la boule devenait plus grosse.

Au bout de quelques instant, la boule fut énorme.

Alors ils la firent basculer d’un coup d’épaule un peu violent : la boule roula sur la pente, d’abord lentement puis de plus en plus vite.

Elle arriva un peu brutalement sur le nez du loup, qui se mit à pleurer et s’enfuit au loin, très loin.

Bientôt, on ne le vit plus du tout.

Le papa et la maman, pleins de joie, rejoignirent Dimitri. Dans leur émotion, ils ne le grondèrent pas pour son imprudence. Ils mangèrent ensemble, de fort bon appétit, la bonne herbe que la maman avait su retrouver dans la vallée.


Dimitri n’oublia jamais la leçon.

Il devint un grand cerf, très puissant, très sage.